L’Éveil des Mondes
Worlds Awakening
Ce livre dédié au lore s'adresse principalement aux Maîtres de Jeu. Il contient des révélations et des détails qui pourraient dévoiler des éléments clés des intrigues officielles, compromettant ainsi l'effet de surprise pour les joueurs souhaitant participer à une campagne.
Si vous envisagez de jouer en tant que joueur, nous vous conseillons de ne pas lire cette partie afin de préserver le mystère et la découverte au fil de l'aventure... ou de le faire en toute connaissance de cause.
Bienvenue dans l'univers captivant de Worlds Awakening, une création immersive façonnée par Nicolas BÉDÉ et illustrée par la plume créative de Christian BERNARD.
Plongé dans le monde fascinant des jeux de rôles dès l'âge de 12 ans, Christian a construit son amour pour les histoires et les univers imaginaires au fil d'aventures épiques avec des amis fidèles.
Au cœur de cette création, Christian apporte une expertise acquise au fil des années, explorant divers jeux, des classiques tels qu'AD&D à des mondes complexes comme l'Appel de Cthulhu. Les différentes tables de jeu et les nombreux jeux, qu'ils soient commerciaux ou faits maison, ont enrichi son expérience et ont façonné son approche unique de l'art du storytelling.
Derrière chaque univers captivant, il y a un maître d'œuvre, et dans le cas de Words Awakening, c'est Nicolas BÉDÉ qui a donné vie à cette aventure. Concepteur du jeu et développeur du site web, il a su tisser les fils de l'imagination pour créer un monde riche en possibilités et en défis.
Nicolas a apporté sa vision unique à ce projet, guidant la création des règles du jeu, puis collaborant avec Christian BERNARD pour élaborer le lore captivant de Worlds Awakening. Sa passion pour les jeux de rôles se reflète dans chaque détail, offrant aux joueurs une expérience sans pareille.
À travers ces pages, découvrez l'histoire enchanteresse de l'Absolu, un monde éthéré où l'équilibre délicat entre l'harmonie et le chaos a donné naissance aux Royaumes Lointains...
L'Absolu
Au commencement, si dans l’illimité du temps ce terme peut exister, au commencement était l’Absolu. Ce monde uniforme, plat à l’infini, baignait dans des brumes éternelles, vaporeuses, toutes en nuances de gris. Il était l’union de toute chose et de toute connaissance. Il était paix et harmonie, et tout allait pour le mieux. Les entités qui la peuplaient étaient des êtres éthérés, des âmes qui avaient évolué jusqu’à l’Harmonie.
Ce faisant, ils avaient laissé derrière eux leur passé, abandonnant tout souvenir de leur long cycle de réincarnations, ainsi que leurs désirs, baignant dans ce monde paisible. Ils n’avaient pas de forme physique, ils peuplaient juste les nappes de brouillard permanentes baignant ce monde. Cet espace terne et sans stimulus sensoriel aurait pu rendre fou n’importe quel être physique, mais sans forme ni corps et communiquant par télépathie, ils formaient une conscience collective qui agissait en union et sans secret. Ils partageaient des concepts de musique, d’image, d’odeur et de goût uniquement par la pensée et vivaient dans la plénitude.
Malgré tout, les lieux n'étaient pas stables, une infime partie de chaos étant en tout et modifiant le monde au gré de ses facéties. L’entropie n’était due ni à une influence extérieure, ni au désir malveillant d’une personne, mais à la nature même des âmes refusant inconsciemment l’oisiveté inhérente à un monde parfait et immuable. Tous les êtres agissaient ainsi de concert pour maintenir l’équilibre en Absolu.
La Porte
De cette synergie et de cette part de chaos naquit en son cœur la Porte. Se cristallisant au grès du temps, elle prit forme progressivement et finit par se matérialiser, seul élément solide flottant au milieu de l’Absolu. A sa naissance, elle ne montrait que sa surface vaporeuse, reflétant ses alentours.
Certains se rapprochèrent, curieux de savoir ce que pouvait être cette chose inconnue en ce monde, élément perturbant pour ceux qui avaient la connaissance de tout, mais ignorants paradoxalement son origine. Leurs sens ne leur firent appréhender que de la brume, aussi beaucoup se détournèrent de la Porte pour continuer à vaquer à leurs occupations éthérées, continuant à maintenir l’Absolu en équilibre. Mais ceux qui s’étaient remis au travail pressentaient des fluctuations infimes qu’ils ne comprenaient pas, qu’ils essayaient d’endiguer de toute la force de leur conscience.
Les Mondes Extérieurs
Parmi ceux qui étaient restés face à la Porte, certains firent affluer tout leur pouvoir, toute leur énergie vers le passage brumeux. Au plus profond d’eux et pensant être encore capable d’évoluer davantage, ils voulaient quitter ce monde figé pour en fonder d’autres plus à leur convenance. L’écume nuageuse se solidifia, laissant la place à une substance réfléchissante ne renvoyant pas leur image miroir. Ils se mirent à voir à sa surface des images que les autres ne percevaient pas. Se matérialisaient sous leurs sens des formes, des aspects qui n’existaient pas en ces lieux, simples émanations de leurs désirs refoulés, et cela attisa leur envie de réaliser ces choses.
Cinq d’entre eux étirèrent leur conscience vers la Porte, et ils furent aspirés par celle-ci. De l’autre côté, ils étaient encore immatériels, mais leur pouvoir était tel qu’ils pouvaient matérialiser ce qu’ils désiraient. Ils choisirent de prendre un nom et se matérialisèrent leurs désirs :
- Faerie façonna des réalités foisonnantes où presque toutes les créatures sont pensantes, et où la magie baigne toute chose.
- Synchron fonda des royaumes où la pensée et la logique règnent en maître. Une hiérarchie fut fondée sur la seule preuve de la création intelligente, et, progressivement, les races les plus créatrices prirent le pas sur les autres.
- Mennon pensa des mondes où la technologie est la plus avancée. Dans certaines de ses créations, une sorte de magie fluctua au gré des époques.
- Autarcauste sembla être l’association des désirs de Synchron et de Mennon, et ses mondes semblaient briller tel des feux d’artifices.
- D’Okotade la trace disparut…
Tel fut le destin des Créateurs Déchus, car aucun ne retrouva le chemin de l’Absolu.
Les Observateurs
Leur disparition ne passa pas inaperçue. La conscience collective avait connaissance de l’absence de ceux qui avaient été absorbés par la Porte. Aussi, un petit groupe se détacha des activités habituelles pour étudier cette nouvelle chose, apparemment dangereuse puisqu'elle avait fait disparaître quelques-uns des leurs. Ils s’approchèrent du monument et l’observèrent attentivement, mais sans autre aspiration pour l’activer, le passage ne montra qu’une surface vaporeuse.
Au bout d’un temps qui ne peut se mesurer, car le temps ne veut rien dire en Absolu, l’un d’eux eut le désir de voir l’un des disparus, et la Porte lui montra. Il put l’observer, ainsi que toutes les choses qu’il avait créées. Il communiqua au groupe de chercheurs sa découverte, et ils se concentrèrent tous sur le même Créateur Déchu, agissant de manière collective. La perception prit de l’ampleur, et ils perçurent non seulement les images, mais aussi les sons, étouffés par le brouillard, ainsi que les pensées du monde observé. La cacophonie les submergea. Ils rompirent le contact, déroutés par ce manque d’harmonie.
Les temps qui suivirent, le groupe observa les mondes d’autres Créateurs Déchus, scrutant le résultat des désirs de leurs anciens compagnons. Et ce qu’ils virent fit partie de la conscience collective, partagé avec tous ceux qui peuplaient l’Absolu. Mais personne ne s’approcha aussi près du passage que les disparus, craignant d’être propulsés à leur tour dans un de ces mondes dysharmoniques.
Plus les temps passaient, et plus les choses changeaient dans les mondes au-delà de la Porte. Les royaumes d’Autarcauste se déréglèrent, chacun d’eux frappé par une catastrophe généralement provoquée par les créatures de ces mondes. Ceux de Mennon, tellement vastes et peuplés, se déchirèrent dans des luttes de pouvoir dont l’enjeu étaient les ressources des planètes, surexploitées et vitales pour la poursuite de l’évolution de la technologie. Ceux de Synchron, bien moins vastes car à l’échelle d’une planète, n’en étaient pas moins terribles, confinés dans cet espace restreint et rendant toute fuite vers d’autres lieux impossible. Ceux de Faerie semblaient les plus protégés, mais les guerres de pouvoir et d’ambition eurent tout de même lieu, moins meurtrières que les autres uniquement du fait d’une population moins importante et d’armes de guerre aux effets plus contenus. Quand les observateurs se concentraient sur Okotade, ils ne percevaient que rires déments, hurlements de terreur et lamentations…
L'Antichambre
Toute cette instabilité ne fut pas sans effet sur l’Absolu. Des émanations d’énergie négatives passèrent au travers de la porte, étendant leurs tentacules sombres aux alentours. Au début peu nombreux et sans influence sur ce monde de pureté, ils s’harmonisèrent avec l’énergie éthérique. Certains Observateurs furent saisis par ces lianes ténébreuses, et furent ramenés au travers de la Porte, disparaissant à jamais de l’Absolu. Les scruteurs restant, épouvantés, reculèrent, se mettant hors de portée des émanations sombres, mais celles-ci, nourries par les désolations grandissantes, se renforçèrent et gagnèrent en taille, fouettant les nappes de brumes et frappant le sol avec violence, faisant vibrer tout l’Absolu. La terreur des Observateurs se transmit aux autres êtres éthériques au travers de la conscience collective.
Un nouveau groupe de personnes fut désigné pour son art à conserver l’harmonie. Celui-ci fut envoyé pour assister les Observateurs de la Porte, afin de trouver un moyen de contenir cette nouvelle menace, tout en continuant d’observer ce qu’il se passait dans les royaumes extérieurs. L’Absolu ne pouvait se permettre de perdre davantage d’âmes, car l’équilibre était précaire, encore plus depuis cet afflux de concepts désharmonisant. Comment limiter ces effets négatifs ?
La conscience collective trouva plusieurs réponses à cette interrogation vitale pour le royaume. En premier lieu, il fallait limiter l’afflux de sensations issues de ces mondes imparfaits à toutes les âmes de ce monde. La décision fut prise d’isoler les Observateurs de la conscience collective. Pour cela, leurs âmes furent sanctuarisées, les rendant imperceptibles des autres êtres éthérés, et ils furent nommés les Gardiens de la Porte. Leur mission était d’empêcher les émanations tentaculaires de passer la Porte. Les scruteurs devaient pouvoir surveiller tout ce qui se passait au-delà, sans que ce qui se passait au-delà ne vienne perturber l’équilibre dans l’Absolu.
Les Gardiens de la porte érigèrent deux barrières. L’une entoura la porte, empêchant les tentacules d’énergie négative de pénétrer. L’autre se matérialisa sous la forme d’un bâtiment, enfermant la porte dans un espace ne laissant aucune sensation sortir. Immédiatement, les effets s’en ressentirent. Toutes les sensations négatives n’existaient plus, la dysharmonie, limitée au Domaine des Gardiens appelé l’Antichambre, s’en trouva diminuée dans le reste du monde comme avant la naissance de la Porte. Les âmes purent se remettre à œuvrer dans l’harmonie et la quiétude.
Les Ordres
Parmi ceux qui maintenaient l’Absolu en équilibre, loin de toute perturbation, certains firent le choix de rejoindre les Gardiens. Trois voies s’offraient alors à eux :
- Intégrer les Observateurs afin de percevoir la réalité des mondes extérieurs ;
- Maintenir les défenses de l’antichambre en se joignant aux Gardiens ;
- Trier et conserver les informations des mondes d’au-delà de la Porte afin d’en faire profiter les autres… Ainsi naquirent les Maîtres Akashiques, qui rangeaient toutes les observations dans la Bibliothèque Akashique.
Mais les sensations continuaient à affluer, toujours plus négatives, toujours plus perturbantes même pour ces êtres éthérés. Il fallait trouver le moyen d’intervenir dans ces mondes pour y ramener l’équilibre et ainsi diminuer les sensations négatives diffusées par la Porte.
Aussi les Gardiens de la Porte décidèrent de fonder un quatrième ordre : les Artisans. Ces derniers apprirent à manipuler l’énergie qui émanait de la Porte, l’énergie des mondes extérieurs afin de la purifier et de l’assimiler à celle de ce monde. A force d’efforts, ils réussirent plusieurs exploits.
Le Transmutateur Multiversel
Le premier exploit fut de créer le Transmutateur Multiversel. Un être éthérique de l’Absolu pouvait se lier par un rituel à l’artéfact, puis passer la Porte. Le lien lui permettait ensuite de pouvoir revenir. Enfin, c’était la théorie des Artisans… Il fallait maintenant la mettre à l’épreuve. C’est alors que fut fondé le dernier ordre : les Voyageurs des Mondes. Leur objectif était d’agir directement dans les Royaumes Extérieurs, afin de réduire les influences néfastes sur l’Absolu. Les premiers agirent méticuleusement pour éviter toute erreur : ils commencèrent par observer, lire et analyser les environs de l’endroit dans lequel ils se projetteraient. Une fois fait, ils ne firent que de brèves incursions, appréhendant de ne pouvoir revenir. Lors de leur passage de la Porte, ils se matérialisèrent dans le monde extérieur, prenant l’aspect d’une créature autochtone, sans oripeaux. L’interaction était possible, et les Observateurs de la Porte connurent l’espoir au milieu des flots de négativité.
Étrangement, les nomades pouvaient communiquer avec la population dans leur langage. De plus, ils étaient capables de réaliser un certain nombre de choses inconnues étrangères aux pratiques en Absolu. Les Maîtres Akashiques comprirent vite que le rituel, qui avait lié les Voyageurs à leur monde originel, était aussi rattaché aux Gardiens de la Porte. Ils étaient synchronisés avec eux, et les connaissances de la Bibliothèque Akashique étaient intégrées aux connaissances des nomades en fonction de leurs prédispositions et du monde exploré. Après un retour sans difficulté, le constat était sans appel : l’artéfact avait tenu ses promesses, et même bien plus que prévu.
Portails et Éclats de Nexus
Un nouveau phénomène toucha les mondes sans que les Observateurs de la Porte n’en soient alertés. Sur tous les mondes apparurent des portails magiques, pâles imitations de la Porte et passage entre deux royaumes jusqu’alors impossible. Nouvelle facétie de l’entropie, ces passages n’étaient que temporaires, ne persistant que quelques instants, et disparaissaient immédiatement après le passage de matière comme si toute leur énergie avait été absorbée par ce transfert.
Ces phénomènes, non prévisibles, ne furent pas découverts immédiatement, mais ceux qui passaient ces traverses apparaissaient dans un nouveau monde, parfois bien différent de celui dont ils venaient, sans espoir de retour, le passage ayant disparu à leur arrivée. Leur seule alternative était alors de se mêler à la population locale et d’en prendre les us et coutumes afin de survivre à cette nouvelle situation.
Leur intégration fut facilitée par leur découverte inespérée. Là où se tenait le portail quelques instants plus tôt, l’environnement avait été modifié par le puissant phénomène, transformant la pierre en joyaux étranges, l’air vibrant encore de magie persistante. Les expatriés dimensionnels ramassèrent les cristaux précieux les plus jolis, et se mirent en quête d’un lieu où vivre. Afin de trouver logis et pitance, ils vendirent ce qui pouvait avoir de la valeur, et les pierres rutilantes trouvèrent rapidement acquéreur.
Progressivement, elles trouvèrent une place prépondérante dans le système économique : Les joailliers les montaient en colliers, bagues et autres bijoux prisés des nobles, les pratiquants de magie y trouvaient source de pouvoir et les utilisaient dans leurs incantations et objets rituels, les croyants les offraient à leurs divinités pour s’attirer leurs faveurs, les joyaux rivalisant avec les objets en métaux précieux.
Elles arrivèrent finalement entre les mains des Artisans, ramenées en Absolu, fait exceptionnel, par des Voyageurs de retour de manière exceptionnelle dans leur monde d’origine. Ceux-ci étudièrent ces cristaux si particuliers, et constatèrent une empreinte magique sans pareille. Le potentiel d’utilisation semblait important. Au regard de leur utilisation dans l’économie de tous les Royaumes, ils décidèrent d’influencer les autochtones de tous les mondes connus pour que ces pierres précieuses deviennent la monnaie universelle, et les nommèrent Éclats de Nexus, ou Nexies.
Les Tenues
Les Voyageurs étaient souvent sans défense contre la faune locale et les habitants, et leur rôle était crucial dans le retour de l’harmonie dans Royaumes. Aussi, les Artisans s’affairèrent à fournir du matériel capable de voyager au travers de la Porte. Elara, maîtresse Artisane, réalisa les premières Tenues, issues de l’énergie synchronisée des Artisans et des Maîtres Akashiques.
Elle commença par prélever de l’énergie diffusée par la Porte, pures émanations des Mondes Extérieurs. Cette puissance issue de la trame dimensionnelle fut tissée grâce à sa maîtrise du façonnage, la transformant en étoffes chatoyantes, nimbées des possibilités et des espoirs des Royaumes Lointains. Une fois la technique maîtrisée, elle confia la tâche à ses confrères. Le tissu en lui-même n’était qu’une matière qui pourrait passer dans les deux sens la Porte, mais n’apportait rien de plus aux Voyageurs.
Aussi, Elara réunit quelques Maîtres Akashiques. Le but de l’Artisan était de concentrer les connaissances de certains domaines dans des éclats de Nexus, ces purs joyaux d’énergie pure. Sur ses consignes, les Sages sélectionnèrent certaines connaissances, qu’ils concentrèrent en schémas mentaux complexes. Ils les partagèrent à Elara, qui les transcoda dans la trame énergétique de Nexies. Les pierres se mirent à pulser d’une énergie nouvelle, elle les nomma Cristaux de Capacité. Puis en les sondant, Elara put déceler en leur sein toute la connaissance spécifique issue de la Bibliothèque.
Il ne lui resta plus qu’à sceller les joyaux dans les tenues pour en faire des artefacts remarquables : Les Voyageurs n’étaient plus sans défense dès leur arrivée. Le second exploit des Artisans était atteint.
Les Voyageurs Réincarnés
Les Voyageurs s’enhardirent et s’impliquèrent encore plus dans les Mondes Extérieurs. Leur mission principale était le retour de l’Harmonie dans tous ces lieux, pétris de malheurs et de défauts. Pour mieux agir sur ces mondes, la seule vision des écrits Akashiques ne suffisait pas. Lors de leur arrivée dans le Royaume Lointain, les nomades ne comprenaient pas encore toutes les traditions, lois et mœurs locales, et le temps réduit de leur passage ne leur donnait pas l’étincelle qui permet de survivre ou de renverser les situations dans les moments les plus difficiles.
Aussi, les Voyageurs décidèrent-ils de suivre la voie de la réincarnation, afin de naître et grandir comme les locaux. Leurs prédispositions les attiraient dans une enveloppe qui leur permettrait d’exprimer leur plein potentiel, et la tenue de leur choix les suivrait durant toute leur vie. Ils avaient tout oublié de leurs origines, mais des réminiscences oniriques leur apparaissaient durant leur enfance. Arrivés à maturité, ils étaient des éléments fort impliqués dans l’évolution du Monde Extérieur. Beaucoup de ces voyageurs, au travers de leur expérience, prenaient connaissance de leur lien avec l’Absolu. Leurs actions étaient alors dirigées autant vers le bien du monde que vers celui de leur Royaume d’origine. Ils étaient alors dits éveillés.
L'Âme des Voyageurs
Les premiers retours non désirés eurent aussi lieu. Le trépas, élément oublié de leur monde d’origine, était chose commune dans les Royaumes Lointains. Les nomades ne savaient pas ce que cela signifiait pour les locaux, mais pour eux, la conséquence était des plus désagréables. Ils étaient arrachés de leurs enveloppes corporelles pour être immédiatement ramenés dans l’Antichambre. Le retour étant tellement rude et précipité que leur nature s’en trouvait perturbée, désynchronisée. Hagards, ils restaient devant la porte, observant leurs compagnons continuer d’exister dans les Royaumes Lointains.
Les Voyageurs découvrirent qu’ils étaient en capacité de ramener l’un des leurs mortellement touché. Le rituel, exténuant et demandant une longue période de calme sans interruption, consistait à réunir tous les membres du groupe, et, au détriment de quelques souvenirs de l’un d’eux, l’âme du défunt regagnait son corps. Effet indésirable de l’opération, le miraculé oubliait tout ce qui l’avait enrichi sur une période variable. Par contre, si le rituel n’était pas rapidement réalisé, l’âme du mort avait de plus en plus de mal à suivre les aventures du groupe, et elle finissait par dériver lentement dans les brumes, sortant finalement de l’Antichambre. Elle perdait alors tout contact avec les Gardiens de la Porte, oubliant tout ce qui lui était arrivé durant sa vie aventureuse, et reprenait alors sa tâche de conservation de l’harmonie de l’Absolu.
L’Ordre des Marchands Incarnés
Les temps passèrent et les Voyageurs des Mondes marquèrent de leur empreinte subtile les Royaumes extérieurs. De leur côté, les Artisans maîtrisaient de plus en plus leurs créations, modelant des accessoires qui venaient améliorer les capacités des tenues. Ces objets n’étaient normalement réservés qu’aux Voyageurs les plus talentueux, et ne pouvaient être acquis qu’en Absolu. Mais pour toucher les nomades résidant sur de longues durées dans les Royaumes Lointains, ils fondèrent un ordre de Marchands Incarnés, qui avaient pour mission de présenter les différentes créations des Artisans ou de fournir de nouvelles tenues aux malheureux qui avaient vu la leur détruite au cours du combat de trop.
Les marchands incarnés offraient autant leurs services aux locaux qu’aux nomades, et il arrivait aux Voyageurs des mondes de croiser un homme fortuné arborant une tenue issue de l’Absolu. Mais son port n’avait alors de commune mesure avec celle que faisait un être éthérique incarné. La teinte de la tenue rayonnait alors, même si son possesseur n’en maîtrisait pas tous les arcanes. Ce don de perception des auras des tenues était la différence qui marquait les êtres éthérés des locaux, ce qui permit aux Voyageurs et Artisans de se reconnaître facilement.
Les Voyageurs éveillés, au travers de leur tenue, avaient accès aux connaissances de la Bibliothèque Akashique. Lorsque la situation le nécessitait, certains participaient à de petites avancées scientifiques tant qu’elles ne perturbaient pas l’harmonie du monde. Ils piochaient leurs connaissances dans l’Absolu, et les diffusaient au détour d’une phrase ou d’une allusion afin de rester le plus discret possible. Trop donner aurait pu bouleverser l’ordre du Royaume ou l’équilibre politique. Parfois, au lieu de prendre leurs connaissances dans l’Absolu, des Voyageurs apprenaient d’eux même certains arts de concert avec les autochtones. Cette pratique permettait de fournir de nouvelles informations à la Bibliothèque Akashique, mais aussi maîtrisaient ils encore ces arcanes malgré la destruction de leur Tenue.
La Découverte des Portails
La Campagne d'Initiation commence à partir d'ici.
C’est au gré de leurs périples que les Voyageurs rencontrèrent des locaux ayant observé des phénomènes étranges. Des espaces lumineux et chatoyants montrant un paysage d’un autre monde. En faire le tour était aisé mais le traverser signifiait un voyage sans retour, car le Portail disparaissait immédiatement, laissant derrière lui de nombreuses gemmes. La nouvelle se répandit, et les zones d’apparition des gemmes furent analysées et minées afin de récupérer toute la richesse des lieux.
Ces phénomènes entropiques furent étudiés par les érudits locaux, et le succès maudit fut atteint dans certains mondes qui surent unir la science à la magie des Nexies. L’alliance de ces deux savoirs empiriques si opposés, l’un logique et l’autre chaotique, permit aux érudits de découvrir comment faire apparaître un portail reliant leur monde à un autre. Les puissants y virent de suite des possibilités infinies : extension, gain rapide de ressources, parfois inexistantes dans leur monde, exil dans un nouveau monde sauf. Aussi, les dirigeants demandèrent deux choses aux érudits : fiabiliser la technique et pouvoir choisir le monde de destination. C’est ainsi que les observateurs virent les guerres de pouvoir s’étendre non seulement dans les mondes, mais aussi entre les mondes.
L’Apocalypse Originelle
Attention : Des éléments importants de l'intrigue uniquement destiné aux Maîtres de Jeu sont dévoilés ici, et feront l'objet d'une future campagne.
Okotade avait bien œuvré dès son passage de la Porte. Il avait effacé toute trace de sa présence pour que personne n’ait un œil indiscret sur lui. La malfaisance, qu’il avait masquée depuis bien longtemps alors qu’il résidait encore dans l’Absolu, lui avait permis d’attirer l’Entropie en ce plan d’harmonie. Ils avaient alors fusionné et créé la Porte, seul moyen de sortir de cet endroit si douloureux, tellement éloigné de leur nouvelle essence.
Après le passage de la porte, leur union avait éclaté pour donner naissance à deux entités aussi maléfiques l’une que l’autre : Saoch et Rourehr. Elles avaient alors commencé à créer des mondes aussi noirs que horrifiques, baignés des ténèbres qui nimbaient leur essence.
Dans la nuit éternelle de certains Royaumes ou dans le rougeoiement des cieux teinté de hurlements d’autres, les plus puissants s'époumonaient de rires machiavéliques. Les complots et les malversations mûries en ces lieux maudits avaient de nombreuses fois atteint leurs buts inavouables, et d’autres étaient en cours de réflexion. Dans ces mondes horrifiques, on ourdissait la chute de Royaumes extérieurs à chaque instant, par jalousie, perversité ou vilenie.
C’étaient les premiers Royaumes à avoir découvert les portails, et surtout les premiers à les avoir maîtrisés, peut-être en raison de leur affinité avec le chaos et la malfaisance. Et leurs désirs étaient communs malgré leurs différences et leurs oppositions : dominer les Royaumes ou les détruire.
Il en avait résulté l’enracinement de conflits aux origines futiles, le renversement de systèmes politiques qu’on croyait justes et stables, l’anéantissement de galaxies entières. Les voix émanant de ces Royaumes funestes susurraient à l’oreille des influençables, des égocentriques, des paranoïaques, de tous ceux à la recherche de pouvoir, les guidant d’une main invisible vers leur trépas. Toutes ces créatures étaient si manipulables…
Mais une épine s’était matérialisée dans leur pied belliqueux et le vrillait d’une douleur permanente : les Voyageurs des Mondes. Ces créatures issues de l’Absolu, ce Royaume initial si morne et monotone, naissaient un peu partout et n’avaient apparemment qu’un but : se mettre en travers de la marche du Chaos et de l’Horreur.